Ceux qui me connaissent savent tout ce que j’ai tiré, et tout ce que je tire encore du cyclisme. Cela a été ma vie pendant des années, ce sport contribue aujourd’hui à me donner la vie dont j’ai envie. Mais il est aussi très souvent une source d’inspiration professionnelle. Et j’ai encore pris une claque dimanche dernier.

© AFP

Sur les coups de 17h00, un Français était champion du monde de cyclisme professionnel. Une première depuis 23 ans sur la course la plus importante de l’année après le Tour de France. Et je reprends les mots d’Alexandre Roos, journaliste à L’Équipe, dans l’édition de ce journal du 29 septembre. « Cela a été un des plus grands exploits du cyclisme tricolore des vingt dernière années »… et je rajouterai même du sport français. Ce qui est remarquable est que ce succès vient de loin.

Rétrospective.

Penser le succès

En juin 2019, les championnats de France de cyclisme battent leur plein quand le changement de sélectionneur de l’équipe de France est annoncé. Thomas Voeckler, 11 jours en jaune en 2011 et quatrième de cette édition – entre autres – est nommé à la place du mythique Cyrille Guimard (7 victoires au Tour en tant que manager). Cela pouvait apparaître comme un putsch. Cela s’avère aujourd’hui LA décision la plus judicieuse prise dans le cyclisme français depuis des décennies. Pour que Julian Alaphilippe, puisqu’il s’agit bien de lui, revête le maillot de champion du Monde sur le circuit d’Imola, l’équipe de France a fait une démonstration de force, d’intelligence, de cohésion, de constance et de stratégie.

Programmer le succès

C’est là que cela m’intéresse. Les 7 gars au départ ont tous un physique exceptionnel, des palmarès qui font rêver ou démontrer des qualités hors normes… comme leurs amis belges, néerlandais, suisses, slovènes… Ce qui a fait la différence, c’est que la construction de cette victoire a débuté il y 15 mois. Lorsque Thomas Voeckler prend les rênes de l’équipe de France en 2019, il le fait sur la base d’une ambition, d’un objectif : conquérir le maillot arc-en-ciel (porté pendant un an par le champion du monde). Un titre qui échappe depuis 1997 à la France.

Les championnats d’Europe et du Monde 2019 sont des brouillons. Thomas Voeckler est en place depuis quelques semaines. Son ton est déjà visible mais les conditions de la réussite ne sont pas encore réunies. Dès la fin de ces championnats, il se dit « Il faut que nous constituions un groupe uni, une véritable équipe, pas un rassemblement de stars qui participe à une épreuve une journée par an sous le même maillot ». Il réunit par deux fois les membres potentiels de l’équipe de France pendant l’hiver en vue des championnats 2020 programmés en septembre à Martigny en Suisse.

Du championnat d’Europe 2020 qui se déroule en août en Bretagne, l’équipe de France revient avec 2 médailles d’argent en Élite hommes. La recette, le projet Voeckler connaît ses premiers émois. Au matin du 27 septembre 2020, au départ du championnat du monde repositionné à Imola, en Italie, pour cause de Covid, l’équipe de France fait figure d’outsider. Pourtant, son leader incontesté, Julian Alaphilippe, numéro un mondial plusieurs mois en 2019, revendique depuis plusieurs semaines que cette journée est l’objectif de sa saison.

Concrétiser le succès

Pendant près de 200 km et 5h00 de route, les Français se font oublier. À 70 km du but, soudainement, deux coureurs tricolores en forme – dont un a gagné une étape du Tour dans les Pyrénées quelques jours plus tôt, un peu comme marquer un but décisif en demi-finale de ligue de Champions – excusez du peu – mènent le peloton a un train d’enfer pendant une dizaine de kilomètres et lancent les choses sérieuses, le vrai départ de la course. Pour certains, « c’est du n’importe quoi ! ». Pour Voeckler et sa bande, c’est l’allumage de la fusée, le début de la concrétisation de la réalisant de l’objectif, dont chaque étape a été programmée avec soin, préparée, mentalisée… Ils se moquent de ce que les mauvais augures poureaient en penser.

1h30 plus tard, Guillaume Martin lâche ses – puissants- chevaux et allume un nouvel étage de la fusée France. Il met alors Alaphilippe dans les meilleures conditions pour conclure l’affaire. À 15 km du but, Julian Alaphilippe déclenche l’étage ultime – celle que tout le monde dans le staff France attend – là où tout le monde l’attendait, de la manière que toute le monde avait prévu, au nez et à la barbe de 5 des 6 meilleurs coureurs de l’année, prend inéluctablement 2, 5, 10, 50 mètres… et s’envole vers la victoire de ses rêves.

Savourer le succès

Quelques mètres après la ligne, les coureurs, pourtant payés par des équipes toutes différentes, se tombent dans les bras, expriment des émotions de joie intense. L’objectif auquel tout le monde a contribué depuis des mois, un des plus ambitieux du cyclisme français de ce début de siècle est atteint.

Ce que je propose de tirer cet exemple est que la réussite est conditionnée avant tout par un objectif clair, qui transcende toutes les personnes qui vont y contribuer. Ensuite, le projet doit être confié à un vrai leader. Thomas Voeckler a été le COACH qu’il fallait. Malgré des échecs – nécessaires, le leader doit savoir garder le cap et ajuster le réglage de sa fusée pour le jour J.

Ensuite, il lui revient de construire l’équipe idéale pour atteindre l’objectif, distribuer des rôles précis, clairement compris et motivants pour tous. Une fois cela fait, il livre la bataille décisive… en étant convaincu, l’équipe aussi, d’avoir mis tous les atouts de son côté pour forcer la chance et RÉUSSIR, quels que soient les obstacles qui se présentent.

Le cyclisme est un sport individuel qui se gagne en équipe. Comme une entreprise !

Envie d’essayer vous aussi ?

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